TIMEE
TIMEE de PLATON
Socrate :
- C’est donc à toi, Timée, ce me semble, à
parler, après avoir, suivant l’usage, invoqué les dieux.
Timée :
- Pour nous qui allons discourir sur
l’univers, dire s’il a une origine ou s’il n’en a pas ;
A moins de nous
égarer complétement, nous devons invoquer les dieux et les déesses et les prier
de nous faire tenir des discours qui les satisfassent, eux avant tout, et
conséquemment nous-mêmes.
Voilà, à mon avis,
les distinctions qu’il faut faire d’abord :
- Qu’est-ce qui est toujours sans naître
jamais, qu’est-ce qui naît toujours sans être jamais ?
L’un, est toujours le
même ;
L’autre, naît et
périt sans cesse,
Or tout ce qui naît à
nécessairement une cause, puisqu’il est impossible que quelque chose naisse
sans cause.
Il faut d’abord
traiter la question par laquelle on doit commencer toute discussion,
c’est-à-dire examiner si le monde a existé de tout temps et n’a point de
commencement, où s’il est né et a un
commencement.
Le monde est
né ;
Car il est visible,
tangible et corporel.
Or toutes ces
qualités sont sensibles ;
Et tout ce qui est
sensible, et perçu par les sens et devient l’objet d’une opinion est sujet à la
naissance et à la génération.
Nous disons encore
que ce qui est né a eu nécessairement une cause ;
Quant à l’Auteur et
au Père de l’univers, il est difficile de le découvrir, et, après l’avoir
découvert, il est impossible de le faire connaitre à tout le monde.
Il faut conclure que
le monde est une image, une imitation, une image de l’immuable.
Disons qu’elle raison
a porté l’Auteur de toutes choses à produire et composer cet univers.
- Il est bon, et chez celui qui est bon il n’y
a jamais aucune envie d’aucune sorte.
Etranger à ce
sentiment, Il a voulu que tout fût, autant que possible, semblable à Lui-même.
Dieu voulant que tout
soit bon, et qu’il n’y ait rien de mauvais autant que cela est possible ;
Les prit du sein du
désordre et les soumit à l’ordre, pensant que cela était préférable.
Or, le meilleur des
êtres n’a pu et ne peut faire que la plus belle des œuvres.
En conséquence, il
mit l’intelligence dans une âme, l’âme dans un corps, et organisa l’univers de
manière à en faire un ouvrage qui fût, par sa nature même, d’une beauté et
d’une bonté parfaite.
Ainsi, il faut
admettre que le monde est réellement devenu un animal doué d’une âme et d’une
intelligence par la providence divine.
Pour que cet animal
fut semblable par son unité à l’animal parfait, son auteur n’a fait ni deux
mondes ni une infinité, mais il n’a produit que ce seul ciel, qui est et sera
unique.
Il lui donna la forme
qui convînt et fût appropriée à sa nature :
- Or pour l’animal qui devait renfermer en
lui-même tous les animaux la forme convenable devait être celle qui renferme en
elle-même toutes les formes, et c’est pourquoi Il en a fait un sphéroïde dont
les extrémités sont également éloignées du centre ;
Et Il lui a donné une
forme arrondie parce que c’est la plus parfaite de toutes les formes et celle
qui se ressemble le plus à elle-même, jugeant que le semblable était infiniment
plus beau que le dissemblable.
- Il n’avait pas besoin d’yeux, puisqu’il n’y
avait rien à voir à l’extérieur, ni d’ouïe, puisqu’il n’y avait rien à
entendre ;
Il n’y avait pas non
plus d’air autour de lui qu’Il eût besoin de respirer ;
Il ne lui fallait de même
aucun organe soit pour prendre de la nourriture, soit pour rejeter celle qu’il
aurait digérée ;
Car il n’avait rien à
approcher ni rien à éloigner de lui, puisqu’il n’y avait rien.
C’est que tout son
art consiste à trouver sa nourriture dans ses propres destructions, à faire et
à souffrir tout par lui-même et en lui-même, parce que Son auteur a pensé qu’il
valait mieux qu’il se suffit à lui-même que d’avoir besoin de substances
étrangères.
Il ne jugea pas non
plus nécessaire de lui donner des mains, puisqu’il n’y avait rien à prendre ou
à repousser ;
Il ne lui fit ni des
pieds, ni aucun membre qui sert à marcher, puisqu’il lui donna un mouvement
propre à son corps, c’est-à-dire celui qui, a le plus de rapport avec l’esprit
et l’intelligence.
Aussi, le faisant
tourner sur le même lieu et sur lui-même, il lui communiqua le mouvement de
rotation, le priva des six autres, et l’empêcha d’errer dans leurs sens.
Telle est la manière
dont le Dieu éternel conçut dans sa pensée le dieu qui devait naître un jour.
Quant à l’âme, Dieu
ne la fit pas la dernière ;
Car Il n’aurait pas
souffert qu’en les unissant le plus jeune commandât au plus vieux.
Mais Dieu fit l’âme
plus respectable que le corps, et par son âge et par sa vertu, comme étant sa
maîtresse et fait pour lui commander, tandis qu’il ne devait qu’obéir.
Les jours, les nuits,
les mois et les années n’existèrent pas avant le ciel, et ce fut en le formant
que Dieu leur donna naissance.
Ce sont des parties
du temps ;
Et le passé, le
futur, ce sont les formes du temps, que nous appliquons sans réflexion et sans
fondement à l’Être éternel, en disant qu’Il a été, qu’Il est et qu’Il
sera ;
Tandis que, selon la
vérité, il faut seulement dire qu’Il est, le passé et le futur ne convenant
qu’à ce qui naît dans le temps ;
Car ce sont là des
mouvements :
- Mais ce qui est toujours exempt de
changement et de mouvement ne peut être soumis au temps ni devenir plus vieux
ou plus jeune, de même qu’il ne peut ni être, ni avoir été, ni être un jour, ni
avoir, en un mot, aucun de ces accidents que donne la génération aux choses
sensibles ;
Puisque
ce sont là des formes du temps,
qui
imite l’éternité et roule mesuré par le nombre.
- « Dieux issus de Dieu, ouvrages dont Je
suis l’Artisan et le Père, vous êtes indissolubles parce que vous avez été
formés par moi et que Je le veux.
Tout ce qui a été
composé peut être dissous, mais il est d’un méchant de vouloir détruire une
œuvre belle et bonne.
Ainsi, puisque vous
êtes nés, vous n’êtes point immortels ni entièrement exempt de
dissolution ;
Mais vous ne serez
pas dissous ni sujets à la mort, parce que ma volonté est un lien plus fort et
plus puissant que ceux dont vous avez été unis au moment de votre
naissance… »
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