PHILEBE

 

PHILEBE

 

Est-ce une nécessité que la condition du bien soit parfaite ou ne le soit pas ?

Elle est la plus parfaite de toutes, Socrate.

 

Mais quoi, Protarque, le bien est-il suffisant par lui-même ?

Sans contredit, et c'est en cela que consiste sa différence d'avec tout le reste.

Ce qu'il me paraît le plus indispensable d'affirmer de lui, c'est que tout ce qui le connaît le recherche, le désire, s'efforce d'y atteindre et de le posséder, se mettant peu en peine de toutes les autres choses, hormis celles qui peuvent conduire à sa possession.

On ne peut point ne pas convenir de tout ceci.

 

Allons donc, examine le discours qui vient après celui-ci !

Tu n'as qu'à dire.

 

Par rapport à la nature des corps de tous les animaux, nous voyons le feu, l'eau, l'air et la terre entrer dans leur composition.

 

Eh bien, forme-toi l'idée suivante au sujet de chacun des éléments dont nous sommes composés.

Quelle idée ?

Que nous n'en avons qu'une partie petite et méprisable de chacun, qu'elle n'est pure en aucune manière et dans aucun, et que la vertu qu'elle déploie en nous ne répond nullement à sa nature.

Par exemple, il y a du feu en nous ;

II y en a aussi dans l'univers.

Le feu que nous avons n'est-il pas en petite quantité, faible et méprisable, au lieu que celui qui est dans l'univers est admirable pour la quantité, la beauté et toute la vertu naturelle au feu ?

Ce que tu dis est très vrai.

 

Mais quoi !

Le feu de l'univers est-il formé, nourri, dominé par le feu qui est chez nous ;

Ou tout au contraire, mon feu, le tien, et celui de tous les animaux, ne tient-il pas tout ce qu'il est du feu de l'univers ?

Cette question n'a pas besoin de réponse.

Non assurément. Mais sois attentif à ce qui va suivre.

N'est-ce pas à l'assemblage de tous les éléments dont je viens de parler que nous avons donné le nom de corps ?

Oui. '

 

Figure-toi donc qu'il en est ainsi de ce que nous appelons l'univers ;

Car étant composé des mêmes éléments, il est aussi un corps par la même raison.

Tu dis très bien.

Je te demande si notre corps est nourri par celui de l'univers, ou si celui-ci tire du nôtre sa nourriture, et s'il en a reçu et en reçoit ce qui entre, comme nous avons dit, dans sa composition.

Et ne dirons-nous pas que notre corps a une âme ?

Et d'où l'aurait-il prise, mon cher Protarque, si le corps de l'univers n'est pas lui-même animé et s'il n'a pas les mêmes choses que le nôtre, et de plus belles encore ?

Il est clair, Socrate, qu'il ne l’a point prise ailleurs.

 

11 y a dans cet univers beaucoup d'infini et une quantité » suffisante de fini auxquels préside une cause qui n'est point méprisable, arrangeant et ordonnant les années, les saisons et les mois et qui mérite à très juste titre le nom de sagesse et d'intelligence.

Mais il ne peut y voir de sagesse et d'intelligence là où il n'y a point d'âme.

Non certes.

 

Ainsi, tu assureras que dans la nature de ZEUS, en qualité de cause, il y a une âme royale, une intelligence royale ;

Et dans les autres d'autres belles qualités, telles que chacun a pour agréable qu’on lui attribue.

Sans doute.

 

Mais ne va pas croire, Protarque,

que nous ayons fait ce discours en vain :

 - mais il a pour but d'appuyer le sentiment de ceux qui ont avancé autrefois que l'intelligence gouverne toujours cet univers.

Je dis donc, que quand l'harmonie vient à se dissoudre dans nous autres animaux, à ce moment même la nature se dissout aussi et la douleur s'engendre.

Qu'ensuite, lorsque l'harmonie se rétablit et rentre dans son état naturel, il faut dire que le plaisir prend alors naissance, pour m'exprimer en peu de mots et le plus brièvement qu'il se peut sur les objets les plus importants.

Je pense que tu as raison, Socrate.

 

J'ai dit que l'intelligence l'emporte de beaucoup en bonté sur le plaisir, et qu'elle est plus avantageuse pour la vie humaine.

Mais tous les bœufs, les chevaux et les autres brutes sans exception ne diraient-ils pas le contraire, parce qu'ils s'attachent à la poursuite du plaisir ?

Et la plupart, s'en rapportant à ces brutes, comme les devins aux oiseaux, jugent que les plaisirs ont la plus grande influence sur le bonheur de la vie ;

Ils pensent que l'instinct des bêtes est un garant plus sûr de la vérité que les discours inspirés par une muse philosophe.

 

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