PHEDRE
PHEDRE
Lorsqu'un homme aperçoit la beauté
terrestre et qu'il se ressouvient de la beauté véritable, il prend des ailes et
désire s'envoler vers elle ;
Mais ne pouvant y atteindre, il porte
comme un oiseau ses regards en haut, et, négligeant les choses d'ici-bas, il
passe pour un homme en délire.
Que de spectacles ravissants se
présentent dans le ciel !
Que de révolutions accomplissent les
bienheureux !
Les âmes que l'on nomme immortelles,
lorsqu'elles sont arrivées au faite, sortent du ciel et s'arrêtent sur sa voûte
convexe ;
Dans cette position le mouvement
circulaire les emporte, et elles contemplent tout ce qui est hors de l'univers.
Le lieu qui est au-dessus du ciel n'a
pas encore été célébré par aucun de nos poètes, et il ne sera jamais célébré dignement.
L'essence sans couleur, sans forme et
impalpable, ne peut être contemplée que par l'intelligence qui est guide de
l'âme.
Cette essence est l'objet de la science
véritable qui habite ce lieu.
La pensée des dieux se nourrit
d'intelligence et de science pure ;
Comme celle de toute âme destinée à
recevoir ce qui convient à sa nature aime à retrouver l'essence qu'elle n'avait
pas vue depuis longtemps, elle contemple avec délice la vérité, s'en nourrit,
et jouit de la plus grande félicité, jusqu'à ce que le mouvement circulaire la
ramène à son lieu de départ.
Mais aujourd'hui la beauté a seule la
propriété d'être la chose la plus visible et la plus aimable.
L'homme qui n'a pas souvenir récent des
saints mystères, ou qui s'est laissé corrompre, ne s'élève pas facilement de ce
séjour vers la beauté absolue en contemplant les objets qui en porte la
dénomination.
Bien loin de regarder la beauté avec
respect, entraîné par la volupté, il marche dans les voies de la brute, ne
cherchant qu'à satisfaire l'instinct de reproduction, et, dans son commerce
outrageant, il ne craint pas, il ne rougit pas de poursuivre un plaisir contre
nature.
« O Pan chéri, et vous autres divinités
qui habitez ces lieux,
accordez-moi la beauté intérieure,
et faites que mon extérieur soit en
harmonie avec mon âme ;
Que je regarde le sage comme riche,
et que j'aie autant d'or
que l'homme sensé
n'en voudrait ni posséder ni employer
davantage !»
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