MENON

 

MENON

 

Étranger, tu me prends sans doute pour quelque heureux mortel, puisque tu crois que je sais si la vertu peut s'enseigner, ou si elle s'acquiert de toute autre manière.

Mais tant s'en faut que je sache si la vertu est de nature à s'enseigner ou non, que j'ignore même absolument ce que c'est que la vertu.

Pour moi, Ménon, je me trouve dans le même cas : - je suis sur ce point aussi indigent que mes concitoyens, et je me veux du mal de n'avoir aucune connaissance de cette vertu.

Or, comment pourrais-je connaître les qualités d'une chose dont j'ignore

La nature !

Te paraît-il possible que quelqu'un qui ne connaît pas du tout Ménon sache s'il est beau, riche, noble, ou tout le contraire ?

Crois-tu que cela se puisse ?

Non, je ne le crois pas.

« Tous les hommes sont vertueux de la même manière, puisqu'ils le sont par la possession des mêmes choses »

« II est évident, par conséquent, que ceux-là ne désirent pas le mal, puisqu'ils ne le connaissent pas comme tel ;

Mais qu'ils désirent ce qu'ils prennent pour un bien, et qui est réellement un mal.

De sorte que ceux qui ignorent qu'une chose est mauvaise, et qui la croient bonne, désirent manifestement le bien.

N'est-ce pas ? »

II y a toute apparence pour ceux-là.

 

Quant a Pindare et aux autres poètes, ils disent : - « Que l'âme humaine est immortelle ;

Que tantôt, elle termine sa vie, ce qu'ils appellent mourir ;

Tantôt, elle la recommence, mais qu'elle ne périt jamais ;

Que, pour cette raison, il faut mener la vie la plus sainte qu'il est possible, parce que Prospérine rend au bout de neuf ans à la lumière du soleil l'âme de ceux qui lui ont satisfait par leurs anciennes actions.

De ces âmes se forment les rois illustres et célèbres par leur puissance et les hommes les plus fameux par leur sagesse, et dans les siècles suivants ils sont renommés auprès des mortels comme de saints héros. »

De plus, c'est par la vertu que nous sommes bons.

Oui.

 

Et si nous sommes bons, par conséquent utiles : - car tous les biens sont utiles, n'est-ce pas ?

Oui.

Ainsi la vertu est utile.

 

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