LE BANQUET
LE BANQUET
O mon cher Socrate, poursuivit
l'étrangère de Mantinée,
si quelque chose donne du prix à la vie
humaine,
c'est la contemplation de l'absolue :
- Et, si jamais tu y parviens, que te
semblerons auprès l'or et la parure, les beaux enfants et les jeunes personnes,
dont la vue maintenant te trouble et te
charme à tel point,
toi et beaucoup d'autres, que,
pour voir sans cesse celles et ceux que
vous aimez
et être sans cesse avec eux, si cela
était possible,
vous seriez prêts à vous priver de boire
et de manger,
et à passer votre vie dans leur commerce
et leur contemplation !
Et que pourrions-nous penser d'un mortel
à qui il serait donné de contempler la beauté pure, simple, sans mélange,
non revêtue de chairs et de couleurs
humaines,
et de toutes les autres vanités
périssables,
-
la beauté divine, homogène et absolue ?
Penses-tu que ce serait une vie si
misérable
que d'avoir les regards tournés de ce
côté
et de jouir de la contemplation et du
commerce d'un pareil objet ?
Ne crois-tu pas, au contraire, que cet
homme,
étant le seul ici-bas qui perçoive le
beau par l'organe auquel le beau est perceptible, pourra seul engendrer non pas
des images de vertu, puisqu'il ne s'attache pas à des images ;
Mais des vertus véritables, puisque
c'est à la vérité qu'il s'attache.
Or, c'est à celui qui enfante et nourri
la véritable vertu
qu'il appartient d'être chéri de Dieu
;
Et si quelque homme doit être immortel,
c'est celui-là surtout.
Tels furent, mon cher Phèdre,
et vous tous qui m'écoutaient,
les discours de Diotime.
Ils m'ont persuadé, et je tâche à mon
tour de persuader aux autres que, pour atteindre un si grand bien,
la nature humaine trouverait
difficilement un auxiliaire
plus puissant que l'amour.
Aussi-dis-je que tout homme doit honorer
l'amour.
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