CHARMIDE

 

CHARMIDE

 

Zalmolxis, notre roi, qui est un dieu, prétend que,

s'il ne faut pas chercher à guérir les yeux sans la tête,

ni la tête sans le corps, il ne faut pas non plus traiter le corps sans l'âme, et que c'est la raison pour laquelle

les médecins grecs échouent dans la plupart des maladies,

parce qu'ils ignorent le tout dont il faut prendre soin, et que,

le tout n'étant pas en bon état,

il est impossible que la partie se porte bien ;

 

Que l'âme est la source de tous les maux

et de tous les biens pour le corps aussi bien que pour l'homme entier,

et qu'ils en proviennent comme les yeux proviennent de la tête ;

 

Qu'il faut donc s'occuper d'abord et surtout de cette partie,

si l'on veut que la tête et le reste du corps se portent bien.

 

La science en soi est-elle la science de quelque chose,

et a-t-elle une puissance telle qu'elle soit la science de quelque chose ?

 

 

 

Pour moi, je ne me flatte pas d'être en état de répondre à cette question ;

 

C'est pourquoi je n'ose affirmer qu'une science de la science

soit possible  - et si, à toute force, elle existe,

je n'admets pas qu'elle soit la sagesse,

avant d'avoir examiné si elle nous est avantageuse ou préjudiciable ;

 

Car je déclare d'avance que la sagesse est quelque chose de bon et d'utile.

 

Car que nous disions tout à l'heure,

que la sagesse serait un grand bien

si elle faisait régner le bon ordre dans la famille et dans l'Etat,

à ce qu'il me semble, Critias, nous avons eu tort de l'affirmer.

 

Comment ?

C'est que nous sommes pressés de convenir

qu'il serait très avantageux aux hommes si chacun faisait ce qu'il sait,

et laisser faire ce qu'il ne sait pas à ceux qui s'y entendent.

 

Si nous étions gouvernés par la sagesse,

telle que nous venons de la définir,

nous serions toujours éclairé dans notre conduite,

et un homme qui se dirait pilote sans l'être ne pourrait nous abuser,

pas plus qu'un médecin, un général

ou tout autre qui se donnerait pour savoir ce qu'il ne sait pas

ne pourrait nous en imposer.

La vie humaine, instituée de cette manière, serait dirigée par la science,

 je l'accorde ;

 

Car la sagesse, attentive à nos actions,

ne laisserait pas l'ignorance s'y mêler.

 

Mais qu'une vie réglée selon la science soit aussi une vie heureuse,

c'est ce que je ne puis encore comprendre, mon cher, Critias.

Cependant,

il ne te sera pas facile de trouver ailleurs les conditions du bonheur,

si tu rejettes la science.

 

Pour ce qui me regarde, ce résultat m'afflige peu ;

La sagesse est un grand bien, et que tu es très heureux si tu la possèdes.

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